REGARDS CROISES SUR MON TRAVAIL

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L’œuvre de l’artiste peintre Fanny Vanoye est tout sauf statique.
En 13 ans de peinture, elle a su sans cesse se renouveler sans jamais tomber dans l’écueil de la redite. Des grands aplats de ses débuts aux petits formats, des couleurs froides et métalliques aux teintes plus chaudes et soutenues, Fanny Vanoye laisse venir à elle les émotions sans à priori, et délivre une œuvre puissante et nuancée, empreinte d’une rare sensibilité.
" Peindre c’est comme un saut dans l’inconnu, une tentative d’apprivoiser ce qui surgitdans l ’instant ", nous raconte l’artiste.
Sa nouvelle série a vu surgir sur les toiles, que ce soit pour les grands formats comme pour les plus petits, un nouvel invité, à peine esquissé dans les séries antérieures, bien que déjà en gestation et perceptible à un regard attentif – le trait. D’abord sur-imprimé sur les toiles achevées, le trait impulse sa dynamique propre à l’œuvre.
Bien plus qu’un simple prétexte figuratif, ce geste souverain du peintre vient donner son élan à la toile, et interroge le regard d’un spectateur interloqué, familier des travaux plus anciens de l’artiste.
Tracé rapidement, ce fil conducteur guide le regard dans ces nouvelles compositions, et induit un jeu avec le spectateur, qui se prend à tenter de reconnaitre sur les toiles des formes familières.
Cette empreinte demeure avant tout l’envie du peintre de ne pas s’enfermer dans sa propre technique, et d’aller chercher toujours plus en avant un ailleurs, une autre façon de transcender la couleur.
Ce trait n’est pas ici pour la contenir et l’enfermer, mais accompagne l’œil, et l’invite à parcourir plus attentivement l’ensemble de la toile.
Un renouveau radical mais totalement inscrit dans la démarche de l’artiste, nourrie d’influences multiples, qui se laisse elle-même porter par ce trait incisif et révélateur. par Jeanne Poret


LE CHEMIN DE PEINTURE DE FANNY VANOYE

par Bérénice Geoffroy-Schneiter critique d’art Journal des Arts et l’Oeil

On naît souvent peintre avant de le devenir...
De son enfance passée en terres du Nord, Fanny Vanoye a absorbé la lumière ténue des cieux contrariés et plombés, a humé l’odeur de la pluie et du vent qui s’engouffrent dans ces plaines où l’horizon se dilate pour mieux se perdre. Ici, point de ciel bleu qui fait claquer les couleurs, mais bien plutôt des camaïeux d’ocres et de bruns qui chuchotent, des noirs et des gris qui s’étirent, qui s’effilochent...

Élevée à la campagne dans un petit village de Picardie où l’on comptait moins de 150 âmes, la petite fille s’échappait dans le chant et la danse, et rêvait d’Ailleurs. Il n’est guère de meilleur apprentissage pour s’éveiller à la Beauté. Planait aussi le souvenir de ces aïeules qui excellaient dans le maniement du pinceau sur les flancs des tasses et le creux des assiettes en porcelaine. Des « merveilles de délicatesse » qui émurent profondément la petite Fanny...

Mais c’est bien plus tard que le premier choc esthétique bouleversera à jamais la sensibilité de celle qui ne sait pas encore qu’elle sera un jour peintre. Exposé dans une vieille librairie de la rue Saint-Jacques, à Paris, un épais catalogue consacré à la peinture de Nicolas de Staël happe son regard. Ce sera le déclic, ce bref pincement au cœur qui décidera du cheminement de toute une vie.

Délestée de toute formation académique et de tout bagage muséal, Fanny Vanoye va alors s’ouvrir peu à peu à la peinture. « Je sentais à l’intérieur que ça hurlait », résumera-t-elle pour décrire cet appel « tripale » et « primordial » qu’est la naissance d’une vocation artistique.

Des rencontres importantes vont alors scander le parcours de l’artiste en devenir, nourrir sa sensibilité : le peintre Denis Rival dont le regard bienveillant l’a guidée, Olivier Wahl qui l’a accompagnée dans l’aventure de la page blanche, et son voisin Daniel Lacomme qui l’a initiée au marouflage des toiles, à la préparation de ses supports, et ne cesse de tisser avec elle de féconds échanges. Mais il y aura aussi les découvertes picturales au fil des voyages, au gré des visites de galeries et de musées. Des paysages désolés de ruines d’Anselm Kieffer aux graffitis rageurs de Cy Twombly en passant par les noirs lumineux de Pierre Soulages, les chocs seront intenses, fondateurs...

« Se laisser surprendre, s’autoriser à l’audace, abandonner le vain contrôle », deviennent alors les règles d’or de l’artiste. Chaque peinture offre un saut dans l’inconnu, provoque un délicieux vertige. Un lieu va cependant incarner cette quête obsessionnelle et doucement tyrannique qu’est le chemin de la peinture : l’atelier. Installé dans une ancienne usine de pain d’épices de Gentilly, cet espace lumineux et solaire devient l’habitacle, le cocon, le refuge, le laboratoire de création. Le lieu aussi où l’artiste dévoile aux regards des visiteurs les œuvres surgies de son inconscient.

Car Fanny Vanoye est un peintre qui récrée, jour après jour, dans l’espace clos et silencieux de l’atelier, ses voyages intérieurs, ses doutes, ses errements, ses réminiscences, ses chocs plastiques aussi...

Ici de grands aplats opaques, crayeux, grisés comme des pans de murs sur lesquels l’on se surprend à imaginer les traces d’un passé. Là, des paysages monochromes traversés d’orages et de lumières, balafrés d’encres et de trouées. Ailleurs, des « Tours de Babel » de ciment et de béton, statiques comme des cheminées d’usines déchirant l’horizon, imposantes comme des containers prêts à s’embarquer pour quelque odyssée portuaire.

Fanny Vanoye le reconnaît elle-même, ses tableaux sont de plus en plus « construits », « architecturés », lumineux aussi. Des orangés et des turquoises ont réchauffé la palette, du vide a peu à peu crevé la matière, révélé les fonds. Dessinant des fils ténus dans l’espace, des câbles qu’on croirait électriques dédoublent les volumes, ré-enchantent la vision. Tracés funambules composant secrètement un nouvel alphabet, une grammaire picturale dans laquelle l’artiste cherche à tâtons un nouveau cheminement.

Lisses ou épaufrées, opaques ou lumineuses, dilatées ou minuscules, les compositions de Fanny Vanoye sont des marelles sur lesquelles l’imagination vagabonde, des échiquiers célestes où il fait bon s’envoler. Loin, bien loin...


Atelier fin 2014 ... Photo Paul Bertin


Fanny Vanoye was born in Amiens in 1966 and lives and works in Gentilly (Paris). Since 2004, she has put on a number of solo exhibitions of her work in Paris, on the Ile d’Yeu, and at her studio in Gentilly. Her painting appeals to a wide variety of collectors from the UK to Japan.

There is nothing static about the work of the artist Fanny Vanoye. In her 13 years of painting, she has constantly developed her work, without ever falling into the trap of repetition. From the large surfaces of her beginnings to small formats, from cold and metallic colours to warmer and stronger shades, Fanny Vanoye always keeps an open mind and lets her emotions flow freely. The work she produces is both powerful and nuanced, reflecting exceptional sensitivity.
“Painting is like a leap into the unknown, an attempt to gain control over what suddenly emerges”, the artist tells us. In her latest series, a new distinct feature has emerged on her canvasses – on both the large and smaller formats – traced lines. They were simply sketched in previous series, although they were already in the making and visible to a keen eye. The lines were initially traced over the finished canvasses, but now bring their own dynamics to Fanny’s work. This decisive movement by the painter is much more than simply a desire to add a representational semblance: it gives the canvass its impulse and captures the attention of the viewer, who knows the artist’s older work and is somewhat startled. This guiding thread is drawn quickly and its new compositions direct the gaze of viewers, prompting an interaction whereby they seek to recognize familiar forms on the canvass.
This mark is above all motivated by the painter’s desire not to confine herself to her own technique and always seek to move forward towards a different sphere, another way of transcending colour.
These lines are not there to constrain and confine, but are naturally followed by our eyes and attract them to look more closely at the entire canvass.
This indeed marks a completely new beginning, but is fully in line with the approach of the artist, who draws inspiration from a whole host of influences, and she even lets herself be carried along by these incisive and revealing traced lines . by Jeanne Poret


FANNY VANOYE'S PAINTING PATHWAY

by Bérénice Geoffroy-Schneiter, art critic, Journal des Arts et l’Oeil

We are often born a painter before we become one…

During her childhood in the Northern region of France, Fanny Vanoye absorbed the light from the disgruntled and gloomy skies and took in the smells of the rain and wind which engulf these plains where the horizon expands to the extent of disappearing into infinity. There is no blue sky here to bring out the colours, but rather hints of whispering shades of ochres and browns, blacks and greys which stretch out and dwindle away…

Fanny grew up in the country in a small village in Picardie, where there were less than 150 inhabitants. As a little girl, she used to escape by singing and dancing, and dreaming of other places. This is probably the best way to learn how to be awakened to beauty. The air was also full of memories of those ancestors who excelled with their paintbrushes on the sides of cups or or on china tableware. “Such beautifully sensitive work” which deeply moved the young Fanny.

But it was much later that the first aesthetic shock permanently overwhelmed the sensitivity of a woman who at the time did not know that she would be a painter: a large catalogue of the paintings of Nicolas de Staël on show in an old bookshop, rue Saint-Jacques, in Paris, which caught her eye. Something just clicked inside her, a pang of emotion which set her off on the path of her life.

Free of any academic training or museum background, Fanny Vanoye gradually opened up to painting, “I could feel it crying out inside me” is how she sums up this “vital gut feeling” which marked the beginning of an artistic vocation.

Important encounters subsequently marked the path of the budding artist and fed into her sensitivity: the painter Denis Rival, whose watchful eye guided her, Olivier Wahl, who assisted her in the adventure of the “blank page”, and her neighbor, Daniel Lacomme, who introduced her to mounting paper on canvas, the preparation of her materials, and continuously had fruitful exchanges with her. But there were also pictorial discoveries during travels and visits to galleries and museums. From Anselm Kieffer’s desolate landscapes to Cy Twombly’s outbursts of graffiti, including Pierre Soulages’ luminous blacks, the shocks were intense, founding…

“Let yourself be surprised, dare to be audacious, relinquish futile control” hence became the artist’s golden rules. Each painting provides a leap into the unknown, brings about a wonderful feeling of lightheadedness. But there is also a place which now embodies this compulsive and slightly tyrannical quest of the painting pathway: the artist’s studio. This bright and sunny space is located in a former gingerbread factory in Gentilly and has become the interior, the cocoon, the haven, the laboratory of creation. It is also the place where the artist reveals to visitors what has surged from her unconscious.

Because Fanny Vanoye is a painter who, on a daily basis, recreates in the enclosed and silent space of the studio, her inner journeys, her doubts, her transgressions, her reminiscences, but also her artistic shocks…

Here, there are large smooth and chalky surfaces, shaded like sections of a wall on which you catch yourself imagining traces of a past. There, monochrome landscapes with storms and light running across, gashed with ink and with empty spaces. Elsewhere, “Towers of Babel”, with cement and concrete, static, like factory chimneys breaking up the skyline, imposing like containers ready to head off for a port odyssey somewhere…

Fanny Vanoye recognizes it herself: her paintings are increasingly “constructed”, “architecturally designed’, and also luminous. Shades of orange and turquoise have added warmth to the palette, empty spaces have gradually done away with matter, revealing the base. The traced lines confined in space – like electric cables which double the volumes –captivate our vision in a new way. These tightrope-like lines secretly compose a new alphabet, a pictorial grammar in which the artist seeks, by trial and error, a new pathway.

Fanny Vanoye’s compositions – smooth or uneven, opaque or luminous, large or small – are a hopscotch on which the imagination wanders, celestial chessboards where it feels good to fly away. Far, far away…
Texte traduit par Warren O'Connel.